Porte-jarretelles et fonds de pension
A l’occasion de la sortie d’une jolie “Histoire de la lingerie”, la grande, la seule, l’admirable Chantal Thomass animait un Forum Fnac en cette belle fin d’après midi.
Comme je suis arrivée en avance, et comme la dame a commencé en retard, et bien, qu’ai-je fait de ces 10 minutes de battement? Je suis allée acheter le bouquin, pardi! Je m’attendais à un album avec plein d’images, que nenni! Un vrai boulot d’universitaire experte de la mode sur la lingerie à travers les époques, des chemises moyen-âgeuses aux bas résilles déchirés des punkettes, en passant par l’apparition puis la disparition du corset, et la composition des trousseaux de jeunes filles dans les années 50. Je n’ai pas ecnore tout lu, mais cela semble extrêmement bien documenté. Comme le précisait la brune au carré noir elle même, toute la partie historique est surtout le boulot de Catherine Örmen avec qui elle s’est associée pour écrire le livre.
Le dernier chapitre est uniquement consacrée à Chantal Thomass, sa vie son œuvre, bref, un parfait petit publi-reportage! Mais c’est de bonne guerre.
Dans la salle, quand vint le tour des questions du public, je m’attendais à “est-ce que vous portez vos créations?” “est-ce que les hommes préfèrent les faux ou les vrais seins?” “dentelle ou tulle brodé?” Bref des questions existentielles, quoi…
Et ben non. La salle était blindée d’étudiantes en mode, de stylistes et de journalistes. Ce qui a donné “Mme Thomass, je fais un mémoire sur *terme technique de marketeux que j’ai oublié, vous savez quand les créateurs font une mini-collection pour une grande chaine* alors est ce que si H&M vous demandait une mini-collection accepteriez-vous?” ou alors “je suis styliste dans un bureau de style avec un nom qui se la raconte, vous êtes mon idole, n’avez vous pas été précurseur dans cette tendance de la nouvelle Eve avec cette féminité exacerbée? ” et le top du top a été “à l’ESMOD en 3e année on doit choisir une option que me conseillez-vous?”
Chantal, un peu maman poule, a donné ses conseils, a raconté son travail avec ses stagiaires, rappelé que lorsqu’elle s’est lancé à 18 ans, elle a appris sur le tas mais qu’aujourd’hui c’est plus possible ma p’tite dame, avec la pression des annonceurs dans les magazines, des grands groupes qui mettent l’argent pour faire les collections et les défilés, et encore dans la lingerie c’est plus cool que dans le prêt-à-porter tout ça tout ça…
Une dame très informée lui a demandé de nous raconter comment elle avait été dépossédée de sa marque… Dans les années 80, les associés de Chantal, des Japonais, n’étaient plus d’accord avec elle. Minoritaire dans sa propre entreprise, elle s’est faite virer et déposséder de la marque, qui se trouve être son vrai nom… les boules, hein? Heureusement, quelques années plus tard et grâce aux sous d’un fonds de pension américain, elle a pu racheter sa marque, et réaccorder ses chakras… Aujourd’hui, elle fait partie du groupe Dim (Playtex, Wonderbra, toujours détenu par ce fonds de pension), et bataille chaque jour avec le marketing pour pouvoir dessiner des culottes taille haute si ça lui chante, alors que les directeurs veulent du boxer short, parce que ça se vend mieux…
J’ai du filer avant la fin et n’ai donc pas ma petite dédicace. Mais j’ai un joli livre dans son petit coffret, et perdu encore un peu de mon innocence vis à vis de ce monde cruel.
Il est loin le temps où la dame trouvait YSL super chiant et partait en week-ends avec ses copains : Jean-Charles de Castelbajac, Agnès B. et Thierry Mugler…
Histoire de la lingerie
par Chantal Thomass et Catherine Örmen
éditions Perrin - 19,80 euros




mouais…
ben ca donne pas envie hein!!!
je n’achèterai pas ce bouquin , je n’en ferai pas un drame su je n’apprends pas comment est né la 1ère chemise de nuit et à quoi elle ressemblait moi ce qui m’intéresse c’est les dessous de nos jours, je veux du chantal thomas!!!!!
Ben, ça ne me fait pas rêver…
Mais ça devait être sympa d’y être, pour la curiosité! :o)
Merci quand même du temps que tu as consacré à cette rencontre et du petit compte-rendu
Je retiens l’idée qu’il est possible de rester fidèle à ses convictions, même si le marketing règne…
C’est marrant moi aussi j’aurais pensé qu’elle sortirait un album illustré de la lingerie à travers les âges.
L’histoire de la créatrice dépossédée de sa marque et de son nom n’est malheureusement pas un cas isolé: c’est Inès de la Fressange qui en avait fait les frais: elle a été licenciée de sa propre société dont elle n’était pas actionnaire majoritaire et malgré un combat judiciaire, elle a perdu le droit d’utiliser son nom.
Les aléas de la protection des marques…Quand on sait qu’un paul Lacoste ne pourrait pas ouvrir une boutique de fringues a son nom, ou que Mme Milka s’est vu supprimer le site internet de sa mercerie…Parce qu’Ines ou Chantal, elles l’ont vendu leur nom, elles! (Qd on prends des actionnaires sur une marque en nom propre, on se fait payer pour ca…et on connait le risque;-))
Je plussois Lalinette, et je conseille par contre le reportage fait par Serge July sur Agnes B, passé y’a 8 jours sur France 5 (vendredi soir ?), peut être va-t-il repassé à un autre horaire ?
le monde est une jungle
Sympa de compte-rendu même si personnellement je n’aime pas du tout ce qu’elle fait (trop femme fatale !)
Je voulais dire “sympa CE compte-rendu”… la fatigue du vendredi soir…