Culpabilité
Nous en avions parlé il y a quelques temps, on a toutes des seuils psychologiques, des sortes de barrières qui nous empêchent d’acheter tel ou tel produit passé un certain prix, ou en dessous d’un certain niveau de qualité.
C’est valable pour tout: le beurre, les radis, les chaussures, les jeans, les voitures, les apparts.
C’est un phénomène psy complexe, lié à plein de paramètres, dont en grosse partie notre éducation. On ne se l’explique pas, c’est comme ça.
Parfois ces seuils évoluent, notamment lorsque l’on change de statut social, que l’on gagne en pouvoir d’achat. Par exemple quand on passe d’étudiante à salariée, on passe de Etam à Comptoir des cotonniers avec joie. Et pourtant, on a toutes de vieilles réminiscences: “2,95 euros les 4 yaourts??? Mais c’est du racket!!” Alors qu’en vrai on les a ces 2,95 euros, mais on estime juste que ça ne les vaut pas, et qu’on peut les garder pour autre chose.
Et certains jours, on sort du boulot, on est crevée, on s’est fait larguer, il pleut, y a rien à la TV et on a mal aux pieds. On erre dans les rayons du supermarché, et là tant pis, on s’en fout, c’est Byzance, on les achète ces 4 yaourts, parce qu’on le vaut bien, et même on prend ces mini Babybel qu’on évite d’habitude “parce qu’il y a plus d’emballage que de produit, c’est ni écolo, ni économique, et puis c’est même pas du vrai fromage d’abord”, on rajoute des cookies même pas premier prix, et d’autres trucs qu’on ne regarde même pas d’habitude, parce que le prix nous rebute, mais ce soir on ne fait même pas attention au prix, on verra bien en caisse, et puis voilà, d’abord “l’argent c’est fait pour être dépensé” “on n’a jamais vu un coffre fort suivre un corbillard” et autres dictons de grands mères hautement philosophiques (les dictons, pas les grands mères).
Bref, quand ça arrive avec des yaourts, on oublie ça très vite. Mais lorsque l’interdit moral saute pour d’autres produits légèrement plus coûteux, ça peut être bien plus culpabilisant.
Par exemple, je considère qu’il est aberrant de mettre des fortunes dans un sac en toile. Un sac en cuir, OK, c’est une matière noble, douce, travaillée, qui va durer, “ça les vaut”. Mais la toile, c’est quand même pas bien compliqué, en plus c’est salissant, donc ça va pour un sac fantaisie mais je ne vais pas me ruer vers les choses toutes mimis que propose Petite Mendigote, parce que je vais le regretter.
Voilà, ça c’est mon blocage à moi.
Et quand je le contourne, ça fait mal. Moralement.
Je vous explique: il y a quelques mois je repère dans un magazine dont le nom commence par “Cosmo” et finit par “politain” une besace Upla en série limitée pour Monop. Avec un imprimé trèfles multicolore trop choupi.
Je n’ai jamais acheté de besace Upla (notamment à cause du prix et du blocage cité ci-dessus, mais même celles en cuir ne m’ont jamais fait craquer). Mais là, je la trouve troooooooooop belle.

Mais à 90 euros.
Pour de la toile.
Un petite besace en plus, y a même pas beaucoup de matière.
Je me dis, allons voir ça en vrai et on verra si les étincelles sont là.
Monop du Grand Bazar: pas de besace. Monop Stalingrad: pas de besace.
Ouverture du cours Oxygène, nouveau Monop: pas de besace.
Je vais mourir.
Et là je fais ce que j’aime bien faire: je teste le service client: j’écris à Monop pour leur demander si cette p***** de besace est réservée aux Parisiennes. On me répond que non, Madame, vous pouvez tout à fait faire l’acquisition d’une de ces besaces dans les Monop suivants: Croix-Rousse et Grand Bazar.
Comme il s’est passé plusieurs semaines depuis mon passage à ce dernier, j’y retourne et effectivement, elle est là. Toute mignonne toute jolie et toute … à 110 euros!
Quoi???
Déjà 90 euros c’était au delà de ma limite mentale, mais 110 on passe carrément le seuil des 100 euros. Certes les lanières son cuir, certes c’est Upla, mais c’est me demander de franchir une ligne invisible dans mon cerveau.
Comme j’ai rendez-vous avec Fromage pas loin, je la traîne au Monop pour avoir son avis. Et rebelote 24h plus tard avec une autre copine avec laquelle je fais le bilan: j’ai les sous, je la trouve trop choupi, sans que ce soit pour autant le sac de ma vie, mais disons au moins le sac de l’été, et ça fait des semaines et des semaines que j’y pense.
Allez, je craque et file en caisse, avant de changer d’avis.
La caissière a à peu près mon âge, elle prend mon sac, le scanne et me dit:
“Il doit y avoir une erreur d’étiquetage, vous pouvez aller m’en chercher un autre s’il vous plaît?
- Comment ça une erreur?
- Ben oui, il est étiqueté à 110 euros, c’est sûrement une erreur”.
…. Game over …..
Et ben vous savez quoi? Ce sac, je l’ai acheté, et je m’en fiche, j’en suis contente, il est pratique, je l’aime beaucoup, même à 110 euros, parce que j’en avais envie, je l’ai acheté avec mes sous, et que même si ça m’a coûté de franchir une barrière psychologique, je ne regrette pas. Je trouve ça sain de se fixer des limites, mais aussi de les franchir parfois, pour savoir se faire plaisir et-tant-pis-si-ça-dérange-na!

Et vous, vous avez parfois ce sentiment de culpabilité en achetant un truc (des yaourts, un sac peu importe), vous franchissez souvent vos limites ou vous restez toujours strictement sages?



Actuellement je reste sage car j’ai un “truc” qui me fait de l’oeil et ce “truc” coûte 5 000 € (nan, c’est pas des faux seins
)
Je bave dessus depuis des lustres…
Là j’hésite…
Je la veux !
erf, je suis bien sûr comme toi. mon sac minelli à 139 euros, il a beau être en cuir, je culpabilise un peu…
et quand je culpabilise, me demandez pas pourquoi, je convertis en francs. et là, c’est l’angoisse!!!
O_o
mais ouais, on a des sous, et on a “jamais vu un coffre fort suivre un corbillard” (merci pour cette expression, j’adore!)
Les imprimés “trèfles multicolores”, ce serait pas du liberty ?
Je l’avais repérée cette besace mais le prix m’a vraiment refroidie : le seuil n’était pas que psychologique, là !
Je n’ai franchi ma limite qu’une fois, pour des chaussures, what else ?
Perso, ce qui me fait peur, c’est que je repousse sans cesse mes limites…
Pr exemple, avant, 200 euros pour des chaussures, je trouvais ça hors de prix, et maintenant ça ne me choque plus du tout! (ce qui ne veux pas dire que je peux me le permettre… mais mon nouvel “inaccessible”, c’est devenu une paire de Louboutin , pour laquelle, je finirai sans doute par craquer)
C’est comme les sacs: du moment où je me suis autorisée à investir dans mon premier Darel, ça m’a paru “normal” qu’un sac coûte ce prix là… et maintenant je bave devant des sacs 700 euros…
Ca n’a pas de fin et j’ai un peu honte quand même!
J’en avais repéré une en liberty beaucoup moins chère chez Naf Naf mais je ne l’ai jamais vu. J’ai une vraie ( grande) besace upla qui vient de chez JAME’S, rue de Brest et je l’avais payé 39 euros. Niark Niark Niark!
Bon rassure toi, elle choupi comme tout ta besace.
En ce moment, pour moi c’est une jupe Maje à 120€ et des briquettes. J’essaye désespérément de faire des économies avant les soldes, en espérant qu’elle en fasse partie.
Dessert, moi aussi, j’avoue, j’ai craqué !
Mais au Monop des Gratte Ciel… et dans ce Monop là, il y avait le modèle à 90 euros (le petit) et le modèle à 110 euros (un poil plus grand).
J’ai pris le modèle à 90 euros (la barrière des 100 euros, elle est dure à franchir celle-là aussi).
Eh puis comme si je ne culpabilisais pas déjà assez, le caissier en a lui aussi rajouté une couche. Genre c’est du vol de vendre des trucs comme ça ce prix-là et patati et patata… Il avait complètement raison, et je n’en menais pas large en sortant ma CB…
Mais bon, cette besace est vraiment trop mignonne.
Décidément, on est foule à avoir jeter un oeil à cette besace
Je ne l’ai finalement pas trouvé à mon gout (en fait j’aime pas le liberty donc forcément) et je trouvais aussi ça cher pour ce que c’était.
Mais bon, l’année dernière, j’ai acheté (en soldes à -50% !) un sac en coton à 60€ chez Comptoir des cotonniers, c’est pas mieux donc je me tairais ^_^
C’est marrant d’ailleurs, je crois que toi ou Fromage en parlait dans un autre article, les seuils sautent plus facilement quand c’est en soldes (genre le cas précédent, j’aurais pas acheté le sac si de base il avait été à 60€, et encore moins si ça n’avait pas été chez Comptoir…).
Je résiste encore à certains prix mais inexorablement je vois bien que mes seuils augmentent (mais je suis sage, je n’ai encore pas dépassé 150€ pour un sac ou une paire de chaussures.. si si, c’est possible
allez 200€ pour une paire de bottes mais c’est exceptionnel ! ).
Sinon, ils sont gentils les caissiers, si on a envie de flamber la CB c’est notre problème, ils n’ontn pas à critiquer nos achats… (bon la première remarque était très drôle !)
C’est très intéressant et “vrai” comme analyse! On se retrouve vraiment dans ce que tu dis, le fait d’avoir chacun ses limites mais de pouvoir de temps en temps apprécier le plaisir de la transgression…
mais voilà, il ne faut pas culpabiliser après! (rapport au titre) Je trouve que finalement, vu la fine analyse de la situation, cette transgression n’était pas si unilatérale que ça, ça t’a donné l’occasion de t’interroger sur cette expérience, sur toi… bref, c’est positif!
Et sinon, j’en ai vu hier matin au Monoprix de la Croix-Rousse (Lyon) de tes besaces!
j’ai un peu de la galantine dans la terrine ce soir, alors je réponds, oui j’ai culpabilisé un jour en achetant des yaourts à la crème de marron
Ah ben moi aussi je l’ai repérée dans Cosmo… Alors, elle est pratique ?
Ce qui m’a sauvée, c’est que je vis à la campagne alors il n’y a pas de Monop’ à moins de 25 bornes, distance que je parcours rarement avant l’heure de la fermeture des magasins.
Et puis je dois dire que le prix m’a aussi refroidie. Ma barrière psychologique pour les sacs est beaucoup plus basse que ça, même si elle ne demande qu’une bonne occasion de céder.
Ceci dit, je culpabilise rarement quand je cède à une pulsion de ce genre. J’arrive toujours à trouver le bon prétexte pour contrer la mauvaise conscience.
rhhoo elle est tro mimi cette besace ca me donne envie mais effectivement 90 euros arghh j’aurai peur que ca me reste en travers de la gorge
C’est marrant, car j’ai eu un blocage aussi sur ces mêmes besaces ! Mais moi, c’était l’inverse. Je n’en avais pas entendu parler. J’entre dans le Monop entre midi et deux, tranquillou, pour acheter une salade et un yaourt. Je découvre la besace. Upla pour Monop, je me jette dessus. Dans ma tête, une étiquette “49,99″ clignotait. Grande grande déception, du coup, tu imagines…! J’ai su être forte et ne pas craquer ! (Mais elle est beeelle !)
Regarde, tu vas pouvoir changer le titre de ta note
http://www.upla.fr/besaces-du-pecheur-1/la-besace-du-pecheur-trefles-135.html
là elle est à 180€ !!!!
ps: je l’adoooore aussi
Comme Princisse, le pb c’est qu’une fois la limite franchie une première fois, c’est bien plus facile de recommencer. Dépasser les 100€ pour une paire de chaussures, pour le coiffeur etc, à une époque c’était inconcevable et maintenant c’est quasi “normal”… au point que quand je trouve une paire de ballerines à 80€ (basiques hein) ça me parait pas cher, alors que pour un truc qui survit tout juste une saison (oui je les martyrise), stun peu abusé…
Mais je suis comme toi, mettre des sous dans un sac en toile, je peux pas (pour le moment).
mdr pour la réaction de la caissière! ça en dit long sur la valeur ostentatoire du sac
je n’aime pas les imprimés liberty, donc je ne me sens pas frustrée pour deux sous. Mais sinon ta théorie est bonne, les barrières j’en ai à peu près pour tout (mais je les franchis tellement rarement que ça ne me fait pas du tout culpabiliser)
Elle est très belle cette besace, je suis contente de voir que tu ne regrettes pas !!
Cela aurait été trop bête !
Tant qu’on transgresse mais que ça ne nous oblige pas à manger des pâtes jusqu’à la fin des temps, et qu’on utilise très régulièrement l’objet de nos rêves … Pas de souci ..
Tant qu’on ne compromet pas ses relations avec son banquier pour ça, tt va bien !!
On travaille dur tous les jours, alors il faut aussi savoir se faire plaisir !!